Sept leviers pour l'innovation publique (eBook)
176 Seiten
Seismo Verlag
978-2-88351-737-0 (ISBN)
Innover dans le secteur public?
De la force et de la souplesse
Commençons par une devinette. Quel est le point commun entre des policier·e·s1 travaillant en camping-car et des urbanistes dépourvu·e·s de bureaux personnels?
Aucune idée? Essayons encore.
Quel est le point commun entre des soignant·e·s impliqué·e·s dans l’amélioration de leur hôpital et un guichet unique qui rassemble la majeure partie des prestations de l’État?
Des utopies? Non, vous n’y êtes pas. Dernière chance: entre un dispositif permettant aux citoyen·ne·s d’allouer une part du budget communal aux projets de leur choix et une plateforme en ligne qui connecte des industriels produisant des déchets avec d’autres qui sont prêts à les acheter?
La réponse: ce sont toutes des idées nouvelles, développées et mises en œuvre par des organisations publiques dans le but d’améliorer leurs services, en rupture avec leurs anciennes manières de faire. Ce sont des innovations publiques.
À travers le monde, chaque année, des milliers de projets innovants voient le jour dans le secteur public. Tous les exemples d’innovation donnés plus haut sont avérés. Comment croyezvous que nos services publics évoluent?
Malgré tout, on continue de penser que l’administration publique n’est pas capable d’innover et que c’est le secteur privé – considéré comme plus dynamique – qui apporte l’innovation et donc le progrès.
Ce mythe a la vie dure. Depuis l’avènement de la société industrielle et la naissance de l’administration publique moderne à la fin du XIXe siècle, les rôles ont été clairement distribués: au secteur privé l’innovation, le progrès, l’avenir; le secteur public, lui, est prié de faire en sorte que le secteur privé ne manque de rien pour cela. Voilà entre autres pourquoi tout a été pensé pour rendre l’État le plus prévisible et fiable possible2, mais certainement pas le plus innovant.
Au fil des décennies, cette vision de l’administration s’est cristallisée dans les esprits. Ainsi, aujourd’hui, lorsque l’on parle d’innovation, l’administration publique ne vient pas immédiatement à l’esprit. On pense plus volontiers aux startups ou aux multinationales.
Cette vision n’est pourtant plus avérée; elle ne l’a peut-être même jamais été. Quoi qu’il en soit, au tournant du XXIe siècle, notre société est en train de vivre des bouleversements majeurs. Pour leur faire face, l’administration publique telle qu’on la concevait jusqu’à présent – forte et stable – risque de ne pas être capable d’assurer sa mission. Son efficacité et donc sa légitimité sont en jeu. C’est pourquoi de plus en plus d’employé·e·s du secteur public, mais aussi d’élu·e·s, d’usager·e·s, de chercheurs·euses et d’institutions internationales appellent de leurs vœux une administration publique plus souple, plus agile, plus proactive; en somme plus à même d’innover. Une administration qui s’adapte aux changements plutôt que de les subir.
La donne a changé
L’innovation publique est appelée à se développer. Trois grands changements ont engendré ce besoin d’innovation dans l’administration publique: la nécessité de travailler dans un monde globalisé, la diversification des attentes des usagères et usagers et les contraintes budgétaires.
Les administrations seules ne peuvent (presque) plus rien
L’époque actuelle voit naître, avec la mondialisation, de nouveaux défis, particulièrement complexes et enchevêtrés, aussi appelés wicked problems3. Les administrations publiques, telles qu’elles sont organisées – territorialement (un territoire par administration) et fonctionnellement (une politique publique par mission) –, sont de moins en moins capables de faire face à ces défis4.
L’exemple le plus frappant, et probablement l’un des plus actuels, est certainement celui des politiques de protection de l’environnement. Le réchauffement climatique est un défi éminemment plus large que les territoires nationaux qui force (ou devrait forcer) les administrations à repenser leur rôle de toute pièce, souvent en imaginant des collaborations avec de nouveaux acteurs, les pays voisins, les organisations internationales, mais aussi la société civile, les entreprises, les ONG, etc.
À cette nécessité de surmonter les barrières territoriales, s’ajoute le besoin de transversalité interne, car les services de l’environnement seuls ne peuvent rien faire: ils doivent compter sur les autres départements et dicastères (comme ceux de l’énergie, l’agriculture, l’instruction publique, etc.) pour être efficaces. Ce défi qui concerne plusieurs politiques publiques à la fois (inter-policy)5 n’est pas une mince affaire au regard du cloisonnement de certaines organisations publiques, qui demeurent souvent dirigées département par département, par des responsables qui ont parfois tendance à prioriser leur domaine politique sur les missions plus globales de l’administration. La transversalité est d’autant plus compliquée que ces politiques poursuivent parfois des objectifs contradictoires. En l’occurrence, la sauvegarde de l’environnement entre en conflit avec d’autres problématiques économiques et sociales, comme les politiques de «sauvegarde» de l’emploi ou de l’industrie6.
La protection de l’environnement n’est de loin pas le seul domaine à se complexifier. Citons également la fiscalité et la concurrence entre les États, le vieillissement de la population, l’emploi et la justice sociale, la santé publique ou encore la sécurité informatique7,8. Bref, le défi est immense et si les administrations publiques souhaitent rester utiles à la société dans un futur proche, elles doivent sortir de leur rôle de stabilisatrice et devenir plus proactives. Elles doivent dépasser les frontières organisationnelles et territoriales qui leur sont échues depuis des décennies.
Les attentes des usager·e·s se diversifient
Depuis toujours, les usager·e·s ont des attentes importantes vis-à-vis de leur administration. Ils et elles attendent notamment qu’elle se dévoile et communique. L’époque de l’administration opaque est révolue! Aujourd’hui les citoyen·ne·s revendiquent le droit d’obtenir des informations qui auparavant leur étaient inaccessibles. Dans un contexte d’émergence de nouveaux canaux d’informations (réseaux sociaux, etc.), le secteur public doit adapter ses manières de faire ainsi que ses manières de communiquer9. En parallèle, les usager·e·s attendent de leur administration qu’elle s’adapte à eux et à leur situation personnelle en matière de services publics. Or, ces situations personnelles sont de plus en plus atypiques. Les contextes familiaux se diversifient et les structures sociales sont en mouvement. Ces changements sociodémographiques poussent les organisations publiques à s’adapter – après tout elles sont au service des citoyen·ne·s – non pas selon le principe universel one size fits all, mais de manière quasi individualisée. Ces changements invitent les administrations publiques à réinventer leurs prestations, à innover, pour rester au plus près des besoins de chaque usager, de chaque usagère10, tout en respectant l’égalité de traitement. Un équilibre délicat à trouver.
Les budgets sous pression
Dans de nombreux pays, le secteur public vit depuis une quarantaine d’années des programmes de «réforme», introduisant des nouveaux modèles de gestion publique, comme l’emblématique nouvelle gestion publique (NGP), qui vise à améliorer la performance du secteur public notamment en y important des méthodes de gestion issues du secteur privé11. En parallèle, les crises économiques des dernières décennies, couplées à l’essor d’idéologies qui promeuvent la réduction de l’envergure de l’État, ont conduit à geler voire à réduire les budgets alloués aux services publics.
Alors que ces pressions budgétaires sont plus fortes que jamais, l’administration publique a besoin de ressources pour faire face aux nouveaux défis évoqués plus haut12. Devenir innovants, inventifs et agiles, faire mieux avec moins, est donc aussi une affaire de survie pour les services publics13.
Face à ces trois défis que je viens d’énoncer (qui sont loin d’être exhaustifs), les organisations publiques doivent être capables d’instaurer des changements, qui rompent avec le passé. Ce qui implique, sous une forme ou une autre, d’être capables d’innover.
L’innovation n’est pas qu’une contrainte
Heureusement, l’innovation publique n’est pas uniquement une réponse à des contraintes ou des menaces. Elle est aussi stimulée par des opportunités nouvelles. Les révolutions technologiques dans le monde de l’information et de la communication en sont l’exemple type. Armé de ces outils, le secteur public peut mieux anticiper les changements à venir, élargir sa palette de partenaires, créer et partager de la connaissance, récolter des données, des avis, des opinions et potentiellement devenir plus proactif que réactif.
L’innovation peut aussi être le fruit de dynamiques positives animées par des politicien·ne·s, des managers ou des employé·e·s, motivé·e·s par l’idée d’inventer de nouveaux services publics ou de revoir le fonctionnement de...
| Erscheint lt. Verlag | 1.11.2020 |
|---|---|
| Verlagsort | Zürich |
| Sprache | französisch |
| Themenwelt | Sozialwissenschaften ► Soziologie |
| Schlagworte | augmentation des coûts de la santé • cybersécurité • financement des retraites • innovation publique • secteur public • vieillissement |
| ISBN-10 | 2-88351-737-1 / 2883517371 |
| ISBN-13 | 978-2-88351-737-0 / 9782883517370 |
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Größe: 1,3 MB
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