Ces secrets bien enfouis (eBook)
284 Seiten
BoD - Books on Demand (Verlag)
978-2-322-55161-3 (ISBN)
Autrice et étudiante en édition, Aya raconte toutes sortes d'histoires, passant à travers tous les genres. Elle fait en sorte de d'aborder des thèmes engagés, tout en gardant une touche d'humour et de good vibes !
Chapitre 4
Lou
Je hais la sensation de boule au ventre, quand mon corps entier se paralyse, que mes membres paraissent si lourds qu’il devient impossible de les bouger. Seules mes pensées maintiennent leur rythme habituel, avec l’unique objectif d’accentuer mon malaise et mes peurs. Elles me gueulent qu’on m’observe, que je suis suivie. Parfois, elles m’encouragent à hurler de peur et à courir loin, loin de la ville, de Violette, de tout ce que je connais. La plupart du temps, j’arrive à ignorer la paranoïa mais, vicieuse, elle attend toujours un moment de faiblesse pour m’attaquer. Aujourd’hui, la fatigue lui a paru être un bon prétexte. Alors, elle empoisonne toutes mes pensées et mes émotions, me persuadant qu’on enquête à mon sujet, qu’on m’espionne ou même, qu’on cherche à se venger.
Pourtant, si je mets de côté mes paniques irrationnelles et que je réfléchis deux secondes, je dois admettre que tout est normal. Parfois, on me fixe juste en raison de mon style vestimentaire, tout au plus. Je ne le juge pas extravagant, même s’il l’est assez pour attirer l’attention dans une petite ville. Suffisamment en tout cas pour me valoir des regards désobligeants de la part de quelques vieilles et de jeunes fermés d’esprit.
Je comprends assez vite ce qui a causé cette soudaine crise : c’est la présence d’une inconnue dans le bus. Certes, je ne connais pas personnellement tous les jeunes de cette ville, toutefois, ma mémoire photographique me permet de me souvenir de leurs visages. Alors, cette fille aux cheveux courts sortie de nulle part a déclenché une panique qui n’a pas lieu d’être. Ce n’est qu’un membre d’une famille, une touriste, une amie… Bref, rien de bien inquiétant ou qui me concerne.
Je me force à vite l’oublier et me concentre sur le gâteau posé sur mes jambes. L’odeur agréable de chocolat s’échappe du tissu qui recouvre la pâtisserie et, les paupières closes, j’inspire avec force pour mieux la sentir. À défaut de goûter à cette pâtisserie, je profite du peu de réconfort qu’elle peut m’offrir avant que je ne l’abandonne chez Violette.
Ce moelleux ne peut pas rester chez moi, autrement, je le dévorerais en une soirée, et les regrets seront si grands que je ne mangerai plus pendant deux jours. Pour éviter cette crise, autant passer du temps chez ma meilleure amie. On discutera ensemble, on regardera un film, et elle me forcera à avaler au moins une part de gâteau. En compagnie de Violette, je me sens à l’aise, heureuse et, surtout, comprise. Cette fille rend le monde doux et magnifique, un peu comme une fée magique qui annule tous les dégâts des méchants à la fin d’un conte.
Putain, qu’est-ce qui me prend ?
J’essaye d’être poétique alors que j’ai abandonné les études en première et que j’ai moins de vocabulaire qu’un lycéen. Adieu les beaux mots, soyons réalistes deux secondes. La seule qui me supporte encore, c’est Violette, donc je l’idéalise. En même temps, lorsque je passe du temps avec elle, j’ai la sensation de vivre un long soir d’été au bord de la plage, ce genre d’instant où on se sent en paix et si légers.
J’ouvre les yeux. Le mascara pas complètement sec colle mes cils du bas à ceux du haut, ce qui m’arrache une grimace agacée. En vitesse, j’attrape mon téléphone et ouvre l’appareil photo pour m’assurer qu’aucune trace noire ne décore le bas de mes cernes. Au même instant, le bus atteint l’arrêt du grand parc. Avec ses hauts arbres, pleins de feuillage vert, personne ne peut le manquer. Je me dépêche alors de descendre et remercie d’une voix inaudible la conductrice.
Je presse le pas, je ne me trouve qu’à quelques rues de la maison de Violette. J’esquive les nombreuses crevasses sur le sol mal en point, me demandant si la mairie compte un jour rénover ces quartiers. Parfois, je m’amuse à donner des coups de pied dans les cailloux autour de trous, ils rebondissent à plusieurs reprises avant de s’immobiliser, comme si je ne les avais jamais touchés. Autour de moi, aucun son ne se fait entendre, si ce n’est le léger vent qui souffle contre mes oreilles. De temps à autre, il s’intensifie, de quoi faire claquer les volets colorés des maisons.
J’apprécie le quartier derrière le parc, car il est d’un calme sécurisant. Il s’étend sur ce qui semble être des kilomètres, ce qui me permet de découvrir de nouvelles ruelles tous les ans. Jamais je ne croise de voisins, juste leurs silhouettes à travers les fenêtres, où parfois, on devine la présence d’une télé animée. Les couleurs changent vite, se reflétant sur les rideaux derrière lesquels se cachent les enfants lorsqu’ils jouent à cache-cache.
La vie ici s’arrête à ces quelques constats. J’aime ressentir la solitude, quand rien d’autre n’existe dans ce monde.
Malheureusement pour moi, ce sentiment apaisant se brise en une seconde. Un craquement de branche attire mon attention juste derrière. Sur mes gardes, je me retourne et zieute la rue. Derrière un lampadaire, je reconnais la fille qui est montée dans le bus quelques arrêts après moi, le visage tout rouge.
Soit il s’agit d’une personne irréfléchie qui décide de stalker la première personne qu’elle croise, soit d’une enquêtrice qui m’a démasquée. Dans les deux cas, je suis dans la merde. Une épaisse goutte de sueur coule sur ma joue tandis que je réfléchis à la manière adéquate de réagir.
— Si t’es une stalkeuse chelou qui me suis, j’te jure que…
— Non ! m’interrompt-elle, indiquant du doigt son téléphone et ce que je comprends être Google Maps. J’essaye de trouver mon Airbnb.
— Ah.
Rien que ça. Une touriste paumée – j’ai établi que c’était une touriste à partir de son accent.
J’effectue quelques pas en direction de la perdue, qui baisse les yeux, un sourire satisfait s’impose sur mes lèvres.
Avant, c’était moi qui craignais les autres.
— Tu veux de l’aide ? je propose.
— N… Non, merci. J’arrive à suivre Google Maps.
— Très bien, à la prochaine alors !
Mon intuition me dit que je recroiserai cette personne, d’où ma réponse. Pour l’heure, j’atteins enfin la maison de Violette. Je reconnais les volets lilas et l’immense porte de couleur acajou que j’ai toujours jugée laide. Toutes les fois où j’ai encouragé ma meilleure amie à la changer, elle a refusé, prétextant que ses parents lui en voudraient à tout jamais. Elle vit seule dans la maison familiale, car ses géniteurs sont partis travailler en Angleterre seulement deux ans. Je dis « seulement » parce que cette période approche de sa fin, ce qui agace Violette, à présent habituée au confort de la solitude. Et surtout, de la grande maison.
Contrairement à moi, elle a toujours été chouchoutée par ses parents. Fille unique d’une famille de la classe moyenne, elle n’a pas connu la richesse, mais assez de stabilité pour vivre une enfance insouciante. En primaire, elle jouait à Animal Crossing sur sa DS et collectionnait les billes super rares. Au collège, elle s’habillait avec de jolis vêtements, assez pour que les moqueries ne la visent jamais. Au lycée, elle s’achetait des téléphones quand elle cassait les siens et disposait d’assez d’argent pour me payer des kebabs. Lorsqu’elle a eu le bac, elle a étudié l’anglais à l’université d’Albi, à moins de quinze minutes d’ici. Elle n’a découvert le monde du travail qu’à l’occasion de son stage de fin de Master, il y a quelques mois. Bref, une vie de meuf privilégiée.
Je frappe à la porte, le son résonne à travers l’immense rue vidée de ses habitants. Malgré l’épaisseur de celle-ci, j’entends les pas pressés de mon amie qui dévale l’escalier, suivis par les clés qui dansent entre ses mains.
Enfin, elle m’ouvre.
— Tu vas bien aujourd’hui ? questionne-t-elle.
Sans me laisser le temps de répondre, elle attrape le gâteau d’entre mes mains. Je hoche la tête tandis que je me faufile à travers l’entrée. Une ambiance chaleureuse s’échappe du rez-de-chaussée pourtant sombre en raison de l’heure. Je connais l’emplacement de chaque meuble en...
| Erscheint lt. Verlag | 15.11.2024 |
|---|---|
| Sprache | französisch |
| Themenwelt | Literatur ► Romane / Erzählungen |
| Schlagworte | Enquête • Féminisme • lesbienne • Romance • serial killer |
| ISBN-10 | 2-322-55161-9 / 2322551619 |
| ISBN-13 | 978-2-322-55161-3 / 9782322551613 |
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