Il était une fois au Moyen-Orient (eBook)
312 Seiten
Books on Demand (Verlag)
978-2-322-10541-0 (ISBN)
Auteur du roman "Il était une fois au Moyen-Orient" (2017).
I - Témoignage
En 1904, Kfartal était un petit village au Sud Liban, construit sur un plateau au milieu d’une zone vallonnée, relié au monde extérieur par une rue rarement empruntée par des gens de l’extérieur, hormis des soldats turcs de l’empire ottoman et une poignée de personnes tels que le facteur, un fripier ambulant et un métayer.
Un grand chêne occupait le milieu de la place principale d’où partaient les ruelles serpentant entre les maisons pour desservir les quatre destinations principales : l'église, les deux quartiers, nord et sud, et le grand bassin qui recueillait l'eau de pluie constituant l'unique réserve d'eau destinée à l'arrosage des potagers et le breuvage des bêtes d’élevage.
Sous le chêne se trouvait un jour le vieux Khalil, âgé de quatre-vingt-douze ans, en train de raconter une anecdote à propos d’un concitoyen dont l’épisode reflétait une période triste de l’histoire du village. Khalil portait dans sa mémoire le poids de siècles d’humiliations et d’injustices qui s’abattaient sur son peuple sous le joug ottoman, et il n’imaginait pas qu’un jour viendra où l'Histoire écrira une nouvelle page. Quand il prit la parole, tout le monde se tut. Il examina d'abord les visages, transposant à chacun la figure d'un aïeul comme pour remonter le temps et vivre en direct un passé incessamment renouvelé. Puis il commença son récit :
« Cela faisait pratiquement deux jours que les deux enfants de Tanios n’avaient pas goûté au pain. Des soldats turcs leur avaient confisqué la réserve de nourriture qu’ils avaient préparée pour l’hiver prochain. Sa femme les voyant se tordre de faim, partit désespérée à la recherche de quelque aliment. Ses moyens étaient pourtant nuls et l’espoir de trouver quelque chose relevait du miracle. Elle traîna pendant des heures dans les champs à la recherche de fruits sauvages, ou quelque légume comestible, mais le pays traversait une période de sécheresse et ses espoirs s’amenuisaient. C'était en juillet ; il faisait très chaud et le soleil était au zénith. L'herbe des prairies devenue paille fragile et cassante, crépitait sous ses pieds faisant fuir les sauterelles qui investissaient les lieux. Elle pleurait en silence et, chemin faisant, elle joignait ses mains, regardait vers le ciel et implorait la miséricorde divine. Quelques larmes humidifiaient ses yeux qu'elle essuyait avec sa robe noire réduite en loque. Après qu'elle eut usé de toutes ses larmes et toutes ses prières, et que la terre ne lui fournît la moindre nourriture, et qu'aucune manne ne lui tombât du ciel, elle prit le chemin du retour par là où les bêtes allaient habituellement paître. Elle ne voyait sur ce chemin que de la terre rouge et des pierres qui lui ralentissaient le pas. Puis, dans son désespoir, elle se résolut à retrousser ses manches et plonger ses mains dans la bouse de vache à la recherche d’une graine non digérée par la bête. Elle fit cela tout le long de son trajet. Et à l’arrivée, la récolte ne comptait que quelques graines, sauvages et domestiques confondues. Le père décida alors, résigné, d’aller vendre ses services dans une petite ville de la région. C’était la dernière chose qu’il aurait souhaité faire dans sa vie, mais la situation des enfants lui appesantit le cœur et le sacrifice pour eux devint une nécessité absolue. Il s’habilla d’un saroual bleu, d’un couvre-chef noir et des chaussures noires conformément à une circulaire ottomane émanant du divan de Damas et obligeant les Chrétiens à s’habiller de la sorte afin de les distinguer des Musulmans. Et comme les Ottomans imposaient aux chrétiens la « jizia, c’est-à-dire l’impôt de capitation, Tanios fixa sous son couvre-chef le document justifiant de son acquittement. Il porta aussi son « sac de servitude » dans lequel il devait transporter tout ce qu’un Musulman lui aurait demandé sans aucune contrepartie. Cette pratique humiliante était courante dans les villes et aucun Chrétien n’osait s’y rendre sans ce sac. Tanios marcha pendant des heures traversant collines et vallées, jusqu’à atteindre sa destination. C'était la ville qui présentait une forte concentration de fanatiques, mais elle était la plus favorable pour trouver une tâche rémunératrice dans cette contrée pauvre et misérable à laquelle les Ottomans n'accordaient aucune attention.
Avant d’y pénétrer, il s’assit sous un arbre solitaire à moitié sec. Quelques branches portaient encore un peu de feuillage qui ombrageait partiellement comme un parasol déchiqueté. Il voulait récupérer son souffle et s’abriter autant soit peu du soleil brûlant. Un pauvre berger passait par là conduisant ses chèvres au pâturage. C’était un petit homme hirsute, à la barbe grisonnante et au menton fin. Ses petits yeux perçants décelaient une certaine intelligence cachée. Accoutré de guenilles exhalant une odeur répugnante, il fredonnait une chanson ou un refrain qu’il répétait en boucle :
« Devant sa maison, je passe tous les soirs…
Oh bonté divine… J’ai de l'espoir... »
Ses chèvres s’attaquèrent à l’arbre sous lequel se reposait Tanios. Le berger courut pour les éloigner et dit à l'inconnu :
— Que viens-tu faire, l’ami, chez nous ?
— Pourquoi cette question ? Ne devrai-je pas ?
— Comment t’expliquer ? Moi, je suis des leurs et ils me traitent en moins que rien. Toi, Chrétien, à quoi t’attends-tu ?
— Je ne me suis pas présenté et tu …
— Pas besoin de présentation, coupa le berger. Tes habits et ton sac désignent bien ton identité. Que viens-tu chercher dans cet environnement hostile à ton peuple ?
— Du travail… Mes enfants meurent de faim.
— Si je pouvais te donner un conseil…
— Je n'ai pas d'autre endroit où aller, et...
— Je te plains Chrétien ! Que Dieu vienne à ton aide !
Après quoi, le berger retourna à ses chèvres et Tanios poursuivit son chemin. »
Khalil racontait tristement ce récit, et ses yeux cherchaient à pénétrer l’espace lointain pour remonter le temps. Il avait plein de souvenirs et d’anecdotes à raconter, mais il devait faire le tri entre son vécu et ce qu’on lui avait transmis. Il était difficile à son âge de ne pas se mélanger les pinceaux après une vie mouvementée, troublée par tant d'humiliations, de haine et de servitude que son peuple avait connues. Mais qu’importe ! Après tout, il faisait corps avec son peuple, et son histoire était la sienne.
Les auditeurs écoutaient religieusement son récit sans qu'un souffle vienne interrompre le narrateur. Mais à peine il fit une pause, qu'une pluie d’imprécations s’abattît et les auditeurs indignés réclamèrent à Dieu justice et vengeance en clamant d'une seule voix : « Que Dieu les anéantisse! »
Khalil attendit que les ardeurs se calment et reprit la parole :
« À l’instant même où Tanios arriva à l’entrée de la ville, il adopta, comme par réflexe inné, la position servile et humiliante d’un faible face à un dominateur barbare. Avant d’atteindre la première habitation, des gamins l’avaient déjà repéré. Ils le suivirent, lui jetèrent des pierres, insultèrent sa croix, lui crachèrent dessus et scandèrent dans la rue :
« Chrétien porc ! Chrétien malsain !
Chrétien dangereux ! Arrachons-lui les yeux ! »
Un peu plus loin, un homme pieux, d’un certain âge, égrainait son chapelet. Il se révolta contre les gamins et les gronda :
— Pourquoi persécutez-vous cet homme qui ne vous a rien fait ?
Les gamins s’éloignèrent en tirant la langue au Chrétien. Et ce n’était que partie remise. »
Pendant un moment, Khalil perdit le fil de l'histoire, puis la mémoire lui revint :
« Tanios était sur la grand-rue, au milieu de laquelle se trouvait une large rigole que les bêtes empruntaient pour traverser la ville. En hiver, elle servait à drainer l'eau pluviale mais en été, comme il ne pleuvait jamais, elle se remplissait de...
| Erscheint lt. Verlag | 16.10.2017 |
|---|---|
| Sprache | französisch |
| Themenwelt | Literatur ► Klassiker / Moderne Klassiker |
| Literatur ► Romane / Erzählungen | |
| Schlagworte | boutros • Moyen-Orient • Ottomans • révolution mexicaine • Salomon Nohra |
| ISBN-10 | 2-322-10541-4 / 2322105414 |
| ISBN-13 | 978-2-322-10541-0 / 9782322105410 |
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