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Continuer d'aimer (eBook)

eBook Download: EPUB
2017 | 1. Auflage
284 Seiten
Books on Demand (Verlag)
978-2-322-08719-8 (ISBN)

Lese- und Medienproben

Continuer d'aimer -  Marcus Hönig
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Annie Lequart postule au poste d assistante dans un foyer d accueil pour personnes handicapées mentales. Prise au piège de ses propres mensonges pour cacher la véritable intention de sa présence parmi René, Francine, Marthe et les autres, elle trouvera le soutien de Vicky, responsable du tumultueux foyer Le Murmure.

Marcus Hönig nous livre avec Continuer d aimer son second roman. Autres parutions et actualités : www.marcushonig.com

3


La maison de la famille Lequart se trouvait un peu en retrait du lotissement. Jusqu’au problème, tout allait à peu près bien. Monsieur était parvenu au poste de chef d’équipe après seulement douze ans de service, ce qui était un exploit à l’usine. Tant et si bien que ses collègues le soupçonnaient de collaboration avec la direction. Madame Lequart se contentait depuis son mariage de bien tenir la maison et de justifier chaque jour de son utilité. Pour une raison qu’aucun médecin ne put expliquer, sa jambe droite continuait inéluctablement à gonfler depuis sa puberté, ce qui l’obligeait au port d’un bas de contention et la rendait impropre à tout travail productif régulier. Enceinte de son premier enfant dès la première année de mariage, Madame Lequart se trouva casée pour le reste de son existence. Sa nature fertile se trouva être la meilleure agence pour l’emploi qui soit. Femme et mère au foyer, tels étaient ses titres de noblesse.

De sa génération, seules les femmes de bonne famille pouvaient prétendre à quelques vues plus glorieuses en société. Bien qu’au quotidien la différence se limitât à une originalité accrue dans les tenues vestimentaires et à quelques apparitions au restaurant de la petite ville, ces femmes devaient, tout comme Madame Lequart, vaquer aux tâches domestiques. Dans leur cas, la bonne société leur attribuait volontiers le privilège d’une particule. Elles devenaient pour leur plus grand bonheur femmes de. Les femmes d’ouvriers, bien qu’il arrivât occasionnellement à l’un d’eux de devenir chef d’équipe, bénéficiaient en revanche de l’avantage de ne pas figurer dans la longue liste des dames dignes d’un ragot durant les séances de salon de thé que s’octroyaient les femmes de les plus en vue. Les plus insatisfaites souffrant tout de même d’une certaine jalousie de ne pas être jalousées. Les rapports de femmes à femmes de étaient d’une complexité qui échappait complètement à l’entendement des hommes, qui considéraient indifféremment les femmes comme un bien de première nécessité en société.

Tout allait donc à peu près bien jusqu’au jour de l’anniversaire de Monsieur Lequart. Exceptionnellement, Madame avait fait un transfert budgétaire sur sa liste de courses habituelle. Laissant de côté l’achat de laine de qualité et de deux paires d’aiguilles à tricoter d’un certain prix, pour investir dans une belle pièce de viande qui contenterait son mari.

Madame Lequart stationna sa voiture sur la place de la mairie. Le temps n’était pas mauvais, un peu couvert, mais suffisamment agréable pour qu’elle soit sûre qu’une brochette de voisines, qui se prenaient pour la part huppée du lotissement, serait attablée sous le parasol rose de la pâtisserie Criqui, juste en face de la boucherie. Elle se demandait quelle tenue elle portait la dernière fois que Madame Lejeune et sa copine, la Wagner, l’avaient vue. Elle ferma la voiture et remonta le trottoir côté pâtisserie. Elle aperçut de loin le duo de la médisance occupé à se tripoter mutuellement des coiffures juste démoulées chez le coiffeur commun. L’heure passée à se faire mettre en plis était comme un prélude aux palabres, un échauffement articulaire avant la séance du trottoir d’en face de la boucherie.

Seules les femmes autorisées par leur mari-gagne-pain s’empressaient dans la boucherie carrelée de bleu. Soit avec entrain et désinvolture lorsque les moyens étaient au rendez-vous, soit en distribuant des volées de regards mordants quand le sou venait à manquer. Dans ce dernier cas, ladite femme embarrassée se frayait un chemin jusqu’à la banque réfrigérée, prétextant un rendez-vous urgent pour contrevenir aux politesses élémentaires ayant cours dans une boucherie qui se respecte.

Madame Lequart ne se donna pas la peine de feindre une attitude particulière, aucune n’aurait en effet pu parler en sa faveur. Elle passerait sous le regard tombant de ces femmes sans âme.

Elle fit son affaire à la boucherie et repartit en direction de la place de la mairie. Moteur tournant, elle relut la note. La viande était chère. L’argent dépensé ne l’était pas pour son bon goût ou pour sa rareté. Il l’était pour faire écran, pour habiller de solennité l’anniversaire de son mari, pour parer au moins à l’appétit de l’homme qui allait se vêtir de colère lorsqu’elle lui dirait la nouvelle. Qu’au moins, il n’ait plus faim. Elle connaissait son homme. La prudence imposait un plat suffisamment pesant pour qu’il en soit apaisant par ses qualités propres et son caractère inhabituel qui pourrait dédouaner Madame d’un éventuel échec. La note du boucher couvrait au moins trois semaines ordinaires et le rôti n’était pas si grand que ce que la somme payée laissait entendre. Madame Lequart écouta le carillon de la mairie sonner 11 heures. Elle coupa le moteur, retira sa ceinture de sécurité et se retrouva en un éclair devant la pâtisserie. Les yeux de mesdames Lejeune et Wagner faillirent rouler dans les petites assiettes. Les prêtresses de la rumeur partageaient leurs pensées comme des siamoises se prêtent leurs organes. Chacune rêvant de supprimer l’autre dans son sommeil et de régner seule le matin venu. Hélas, quand il n’y a qu’un cœur, il faut marcher de front et admettre que de l’amitié ou de l’intérêt la seconde voie était bien plus utile à soi que le perpétuel partage, épuisant à souhait. Madame Lequart fendit l’ombre du parasol. Pour les deux femmes, cela rendait la vision d’autant plus surréaliste de la percevoir de si près, comme si soudain la personne que l’on a l’habitude de voir par le trou de la serrure venait d’ouvrir la porte. Elles la suivaient du regard et se contorsionnaient, les yeux par la vitrine. Madame Criqui, tenancière et seule maître à bord de son paradis calorique, ne ressentait qu’une lasse répugnance pour les clientes semi-grasses qui venaient loger sous ses parasols. En bonne commerçante, son visage prenait l’aspect d’une grille finement ajourée de confessionnal sitôt qu’elle approchait d’une cliente. Tout entrait en elle et l’honnête commerçante donnait l’absolution par de profonds bien sûr, tout à fait, mais vous avez bien raison, comme je vous comprends. Elle était le commerce. Madame Lequart était consciente de la saignée supplémentaire qu’elle infligeait à son budget en regardant les doigts agiles et souriants de Madame Criqui replier le carton qui faisait comme une petite valise autour de la forêt-noire. Elle ne cessa sa manœuvre qu’après avoir apposé un ruban insolemment visible et cher. Tant pis, il subsistait une chance qu’après la viande, le gâteau ne procure quelques bons effets sur son mari. Revenue sous le parasol, la forêt-noire dans sa petite valise en carton, Madame Lequart toisa l’une et l’autre de ses voisines éberluées.

— Vous devriez aller en face, leur dit-elle en désignant la boucherie de l’autre côté de la rue. Les andouilles, c’est pas fait pour les pâtisseries.

En retournant vers la place pavée de la mairie, Madame Lequart faillit s’arrêter à la droguerie pour choisir un cadeau à son mari et le faire emballer, mais l’euphorie budgétaire avait ses limites, et demander à son mari de festoyer au-delà de la viande était déjà suffisamment excentrique. Elle démarra la voiture, regarda une dernière fois les deux ridicules paquets sur le siège passager. Quel rapport démesuré entre le coût et la taille de ces choses périssables. Elle pensa au soir, au dîner. Sa fille était en sécurité, mais elle, pourvu qu’il ne la tue pas.

Comme d’habitude, la fin de l’équipe sifflée par la trompette de l‘usine, elle entendit arriver la voiture. Elle baissa le feu sous les marmites, jeta un œil au four et descendit à la cave pour tenir grande ouverte la porte du garage. Monsieur faufila la voiture en marche arrière dans la descente raide, sortit de la voiture et posa la traditionnelle question de quoi allait cette fois être constitué son repas bien mérité. Ne prêtant guère d’attention à la réponse, il se dirigea vers la salle de bains carrelée de rose. Elle ferma la porte du garage. Monsieur était torse nu, à genoux devant la...

Erscheint lt. Verlag 25.9.2017
Sprache französisch
Themenwelt Literatur Klassiker / Moderne Klassiker
Literatur Romane / Erzählungen
Schlagworte Anorexie • famille • Handicap • Obesité • psychiatrie maladie mentale
ISBN-10 2-322-08719-X / 232208719X
ISBN-13 978-2-322-08719-8 / 9782322087198
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