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Richard Wagner et la France (eBook)

Écrits révolutionnaires et correspondances
eBook Download: EPUB
2024 | 1. Auflage
150 Seiten
Books on Demand (Verlag)
978-2-322-49670-9 (ISBN)

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Richard Wagner et la France -  Thierry Galibert
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Figure hégémonique de la composition musicale du XIXe siècle, antisémite, puis référence du régime nazi, Richard Wagner est ici envisagé à partir de ses écrits révolutionnaires et de ses échanges épistolaires avec des écrivains français, en les contextualisant. Les premiers sont, en effet, étroitement liés à la France, vue comme le modèle de la Révolution, celles de 1789 et de 1830 et, surtout, de 1848, avant que, du côté de la Prusse, la guerre de 1870 le conduise à des compositions et des écrits contre la France. Sa correspondance avec les écrivains français permet alors de comprendre cette évolution en mesurant que, très tôt, certains de ses interlocuteurs avaient saisi les implications politiques de son oeuvre musicale.

Historien des idées, Thierry Galibert, professeur de langue et de littérature française à l'université d'Aix-Marseille, travaille textes à l'appui, en partant des mots dont l'étymologie est le fondement des sciences humaines et dont le glissement sémantique explique l'évolution de la société. Il est l'auteur des essais Le Poète et la modernité. Poétique de l'individu de Gérard de Nerval à Antonin Artaud (1998), La Bestialité (2008), Le mépris du peuple, Critique de la raison d'Etat (2012) et la Sauvagerie (2018). Ses travaux portent sur la construction de l'élitisme occidental.

Écrits révolutionnaires


L’art et la révolution

(1849)

Presque universellement, aujourd’hui, les artistes se plaignent des dommages que la Révolution leur porte. Ce n’est ni ce grand combat de rue, ni l’ébranlement brusque et violent de l’édifice social, ni le changement rapide de gouvernement qu’ils accusent, l’impression que d’aussi formidables événements, considérés en eux-mêmes, laissent à leur suite, est, toutes proportions gardées, généralement passagère et ne cause qu’un trouble peu durable, mais c’est le caractère particulièrement persistant des derniers ébranlements qui affecte d’une façon si mortelle les modernes manifestations d’art. Les bases sur lesquelles reposaient jusqu’ici le gain, le commerce, la richesse sont maintenant menacées et, malgré le rétablissement du calme extérieur, malgré le retour complet de la physionomie de la vie sociale, un cuisant souci, une torturante angoisse ronge profondément le coeur de cette vie : la pusillanimité de l’esprit d’entreprise paralyse le crédit,qui veut conserver sûrement, renonce à un gain incertain, l’industrie languit et l’Art n’a plus de quoi vivre.

Il serait cruel de refuser une pitié humaine aux milliers d’êtres en proie à cette détresse. Il y a peu de temps encore, habituellement, l’artiste en vogue recevait, de la classe aisée et insoucieuse de notre société fortunée, un salaire d’or en prix de ses productions qui plaisaient et pouvait prétendre également à la vie aisée et insoucieuse, aussi est-il dur pour lui de se voir aujourd’hui repoussé par des mains anxieusement fermées et livré à la misère de la lutte pour le pain quotidien ; il partage par là le sort du travailleur manuel qui, jadis, pouvait occuper ses mains adroites à créer pour le riche mille commodités agréables et doit maintenant les laisser oisives et les appuyer sur son ventre affamé. Il a donc le droit de se plaindre, car à celui qui souffre la nature a donné les larmes. Mais a-t-il le droit de se confondre avec l’Art même, de considérer dans ses plaintes sa propre détresse comme la détresse de l’Art et d’accuser la Révolution parce qu’elle diminue la facilité qu’il avait de pourvoir à sa subsistance ? Voilà la question qu’il faudrait poser. Avant de la résoudre l’on devrait au moins interroger les artistes qui, par leurs paroles et par leurs actions, firent connaître qu’ils aimaient et pratiquaient l’Art purement pour l’Art même, artistes qui (ceci peut se démontrer) souffraient également à l’époque où les autres se réjouissaient.

La question concerne donc l’Art et son essence même. Ce n’est point une définition abstraite de l’Art que nous cherchons ici, il ne s’agit naturellement que d’approfondir la signification de l’Art comme résultat de la vie commune, de reconnaître l’Art en tant que produit social. Une rapide vue d’ensemble des principales époques de l’histoire de l’Art, en Europe, nous rendra à ce sujet de précieux services et nous aidera à éclaircir la question importante que nous nous posons.

En y réfléchissant, nous ne pouvons faire un pas dans l’étude de notre art sans nous apercevoir de sa cohésion avec l’art des Grecs. En réalité, notre art moderne n’est qu’un chaînon de l’évolution artistique de l’Europe entière et cette évolution a son point de départ chez les Grecs. Lorsqu’il eut triomphé de la grossière religion naturelle de la patrie asiatique et qu’il eut placé au sommet de sa conscience religieuse le bel et fort homme libre, l’esprit grec, tel qu’il se manifesta à son apogée dans l’État et dans l’Art, trouva son expression la plus adéquate en Apollon qui fut réellement le dieu souverain, le dieu national des races helléniques. Apollon, le meurtrier de Python le dragon du chaos, Apollon qui avait anéanti de ses coups mortels les fils de la vaniteuse Niobé, révélait par la bouche de sa prêtresse de Delphes la loi primitive de l’esprit et de l’essence grecs et mettait ainsi, sous les yeux de l’homme entraîné dans une action passionnée, le miroir calme et clair de son intime et inaltérable nature grecque : Apollon était l’exécuteur de la volonté de Zeus sur la terre grecque, il était le peuple grec même.

Ce n’est point sous la forme de l’efféminé musagète – forme unique sous laquelle nous l’a transmis l’art plus tardif et plus luxuriant de la sculpture – que nous devons nous figurer Apollon à l’époque de pleine floraison de l’esprit grec, mais empreint d’une joie grave, beau mais fort, tel que le connut le grand tragique Eschyle. Ainsi apprenait à le connaître le jeune Spartiate quand, par la danse et par la lutte, il développait la grâce et la force de son corps svelte ; quand, enfant, emporté à cheval par l’aimé, il était entraîné au loin dans des aventures audacieuses ; quand, adolescent, il prenait rang parmi ses compagnons auprès desquels il ne faisait pas valoir d’autres titres que ceux de sa beauté et de son charme qui constituaient seuls sa puissance et sa richesse. Ainsi le voyait l’Athénien quand toutes les impulsions de son beau corps, de son esprit incessamment actif, le poussaient à faire renaître son essence intime par l’expression idéale de l’Art ; quand sa voix pleine et sonore s’élevait dans le choeur pour chanter les créationsdu dieu et marquer aux danseurs le rythme plein d’élan de la danse qui, par son mouvement gracieux et hardi, représentait ces actions mêmes ; quand, sur des colonnes harmonieusement ordonnées, il voûtait le noble toit, qu’il rangeait les uns au-dessus des autres les vastes hémicycles de l’amphithéâtre et projetait les dispositions ingénieuses de la scène. Tel encore le dieu splendide apparaissait au poète tragique, inspiré par Dionysos qui montrait à tous les éléments des arts, arts surgis non par ordre, mais d’eux-mêmes, par nécessité naturelle intérieure, le mot hardi qui enchaîne, le but poétique sublime où tous devaient se réunir comme en un foyer unique, pour produire la plus haute oeuvre d’art concevable : le Drame.

Là, les actions des dieux et des hommes, leurs souffrances, leurs joies – telles qu’elles étaient révélées sombres ou claires dans l’essence supérieure d’Apollon sous forme de rythme éternel, d’éter-nelle harmonie de tout mouvement – prenaient une réalité sensible ; car toutes les choses qui s’agitaient et vivaient en elles, comme elles s’agitaient et vivaient dans l’âme du spectateur, trouvaient leur expression la plus accomplie là où l’oeil et l’oreille, l’esprit et le coeur, saisissaient et percevaient tout en pleine vie, directement, voyaient en réalité, corporellement et spirituellement, tout ce que l’imagination eut été, sans cela, réduite à construire. Ces jours de tragédie étaient des fêtes divines, car le dieu s’exprimait alors clairement et distinctement : le poète était son grand prêtre, il s’incorporait réellement avec son oeuvre, conduisait les danses, élevait la voix dans le choeur et en paroles sonores proclamait les sentences du savoir divin.

Voilà l’oeuvre d’art grecque, voilà Apollon incarné dans un art réel, vivant, voilà le peuple grec dans sa vérité, dans sa beauté la plus haute. Ce peuple, montrant en chacune de ses portions, en chacune de ses unités une individualité et une originalité surabondantes, incessamment actif, ne voyant dans le but d’une entreprise que le point de départ d’une entreprise nouvelle, éprouvant des froissements intérieurs continuels, faisant et défaisant chaque jour des alliances, chaque jour s’engageant dans d’autres luttes, réussissant aujourd’hui, échouant demain, menacé aujourd’hui par un péril extrême, accablant demain son ennemi jusqu’à l’anéantir, se développant à l’intérieur et à l’extérieur le plus constamment, le plus librement possible, ce peuple refluait de l’assemblée, du tribunal, de la campagne, des vaisseaux, des camps, des contrées les plus lointaines et venait remplir un...

Erscheint lt. Verlag 4.10.2024
Reihe/Serie figures de l'engagement
Sprache französisch
Themenwelt Kunst / Musik / Theater Kunstgeschichte / Kunststile
Kunst / Musik / Theater Malerei / Plastik
Schlagworte guerre de 1870 • Histoire • Musique • Politique • Printemps des peuples
ISBN-10 2-322-49670-7 / 2322496707
ISBN-13 978-2-322-49670-9 / 9782322496709
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