Qu'est-ce que l'art? (eBook)
180 Seiten
Books on Demand (Verlag)
978-2-322-38567-6 (ISBN)
Léon Tolstoï est un écrivain russe. Il est célèbre pour ses romans et ses nouvelles qui dépeignent la vie du peuple russe à l'époque des tsars, mais aussi pour ses essais, dans lesquels il condamne les pouvoirs civils et ecclésiastiques. Il est excommunié par l'Église orthodoxe russe ; après sa mort, ses manuscrits sont détruits par la censure tsariste. Il veut et entend mettre en lumière dans ses oeuvres les grands enjeux de la Civilisation. Il laisse également des contes, des pièces de théâtre et des essais sur l'art et la culture.
Introduction de Frédéric
Gimello-Mesplomb (2021)
Au soir de sa vie, on doit à Léon Tolstoï (1828 – 1910) quelques textes courts et relativement peu connus mais qui nous renseignent sur la fascination tardive du célèbre auteur et moraliste russe pour l’ontologie du rapport à l’art et à la foi. Ce thème taraudait l’auteur de Guerre et Paix et d’Anna Karénine au point qu’il coucha sur le papier le fruit de ses réflexions. En 1906 paraissent dans son ouvrage La Foi universelle deux chapitres distincts intitulés « Qu’est-ce que la religion ? » (pp. 155-254 de l’édition originale de 1906) et « Qu’est-ce que l’Évangile ? » (pp. 49-139). Mais ceux-ci ont été précédés, en 1898, d’un essai du même acabit sobrement intitulé Qu’est-ce que l’art ? que nous livrons aujourd’hui dans une nouvelle édition augmentée de deux préfaces dont celle de Teodor de Wyzewa, l’éditeur de sa première édition française.
Alors que la réflexion de Tolstoï sur l’appréciation artistique telle que les intellectuels tentent de d’analyser (et de la définir) à la fin du XIXe siècle tombera progressivement dans l’oubli dans les décennies qui suivront, elle emporte pourtant l’adhésion des cercles et salons parisiens dès l’année de sa parution française et une réédition est même effectuée en urgence ce qui – fait notable – porte à deux les éditions et traductions distinctes pour la seule année 1898. Elles sont assurées, l’une par Teodor de Wyzewa pour le compte des éditions Perrin, et l’autre par Ilia Halpérine-Kaminski (Ollendorff).
Nous retrouvons dans cet opuscule devenu rare les mêmes traits caractéristiques qui fleuriront plus tard, dans La Foi universelle, à savoir une critique des impostures doctrinales et du pouvoir des institutions cléricales, mais aussi la critique socialiste et morale (courante fin XIXe chez les intellectuels européens) de ce que l’on nommera plus tard le syndrome de « l’art pour l’art ». Nous y reviendrons.
Enfin, et de manière encore plus surprenante, Qu’est-ce que l’art ? nous propose un point de vue argumenté sur le consumérisme artistique des classes bourgeoises. Cet intérêt pour l’analyse de l’appréciation artistique n’est pas totalement nouveau en cette fin du XIXe siècle. N’oublions pas que de l’autre côté de l’Atlantique, au même moment, l’américain Veblen est en train de mettre le point final à sa célèbre Théorie de la classe de loisir qui paraîtra l’année suivante, en 1899, et dans laquelle Veblen analyse le capitalisme non pas sous le prisme de la production, comme a pu le faire Marx, mais sous celui de la consommation, s’arrêtant sur les classes supérieures, cible de nos deux auteurs et, plus tard, de leurs célèbres continuateurs Edmond Goblot (La barrière et le niveau, 1925) et Pierre Bourdieu (La distinction, 1976).
Contrairement à d’autres études contemporaines de la parution de cet ouvrage, Tolstoï a cherché à circonscrire le sens de l’art dans le monde social (et dans les classes sociales) et non à en étudier simplement ou mécaniquement ses seuls « effets » sur les individus. Aussi, ses réflexions sur le « beau » en art sont, à cet égard, d’ordre précurseur.
Faire la généalogie intellectuelle de cette entreprise de déconstruction de l’appréciation artistique dans le cadre de l’étude des pratiques culturelles et, singulièrement, de la fréquentation muséale, s’avère d’un intérêt crucial pour qui s’intéresse un tant soit peu à la sociologie historique des pratiques culturelles. En effet, les similarités entre les positions défendues par Veblen et celles - dans un autre registre - de Tolstoï, méritent de s’y arrêter. Tandis que Tolstoï éreinte le pouvoir des penseurs (et censeurs) doctrinaux, Veblen analyse quant à lui les moeurs de la classe dominante, qu’il nomme « classe de loisir », pour qualifier une classe à l’abri du besoin matériel et intellectuel. C’est l’angle du loisir que Veblen privilégie, ouvrant en cela la porte à la sociologie des loisirs américano-canadienne des cinquante années suivantes. Or, pour Tolstoï, nuance de taille, le musée n’est en rien un lieu de loisir. On rentre dans un musée comme l’on rentre en communion avec les oeuvres, dans le silence d’une cathédrale. L’art « vrai » est le moyen suprême d’atteindre la jouissance esthétique. Or, tant chez Tolstoï que chez son contemporain Veblen, on observe que les classes dominantes sont pourtant mues par une constante recherche de distinction, à travers des actes socialement valorisés, parmi lesquels nous retrouvons l’appréciation esthétique (se doter d’un point de vue sur l’art) et la fréquentation artistique (se rendre sur le lieu où se trouve l’art). Nourrie de convictions sur la valeur des objets artistiques, la classe de loisir cherche à montrer aux autres qu’elle est en capacité d’utiliser son temps libre pour le travail « non-essentiel » qu’est celui de la fréquentation des lieux d’art.
La mouvance des recherches sur le consumérisme artistique connaîtra son apogée dans la décennie suivante avec la publication de nombreux travaux dits de « sociologie industrielle » consacrés à la consommation culturelle des ouvriers (citons, entr’autres, la thèse de doctorat qu’Emilie Kiep-Altenloh (1888-1985) soutiendra en 1913 sous la direction d’Alfred Weber - le frère de Max -, sur la sociologie des publics du cinéma dans la banlieue ouvrière de Mannheim).
En dépit d’une écriture qui peut paraître un peu datée, Qu’est-ce que l’art? pose finalement des questions de phénoménologie de la réception encore très actuelles. Ses questions sur les mystères de l’appréciation artistique ne sont, certes, pas très éloignées de celles que Tolstoï posera plus tard sur la foi (ici évoquée de manière allégorique par la « beauté ») qui transcende chaque individu passant la porte d’un musée comme l’on passe le porche d’une église. L’art doit il être « beau » ? Comment comprendre l’art sans croire en la beauté ? Comment formuler une théorie de l’art sans produite une énième théorie de la beauté ? Autant de questions auxquelles les écrivains contemporains de Tolstoï se risqueront aussi. Au moment où le livre de Tolstoï sort, le mouvement de « L’Art pour l’art » est un slogan qui connaît une certaine actualité en énonçant que la valeur intrinsèque de l’art est (et doit être) dépourvue de toute fonction didactique, morale ou utile. Les oeuvres autotéliques, entreprises sans autre but qu’elles-mêmes, anticipent ce que sera plus tard le surréalisme et le dadaïsme. Tolstoï, à travers cet ouvrage, nous montre que l’écrivain russe milite clairement pour la fonction « utilitariste » de l’art, rejoignant en cela une George Sand pour qui « l’art pour l’art est un vain mot. L’art pour le beau et le bon, voilà la religion que je cherche…» (George Sand, Correspondance 1812-1876).
Enfin, il n’est pas inintéressant de s’arrêter au cours de cette courte présentation sur la figure du traducteur de cet ouvrage, le critique français d’origine polonaise Teodor de Wyzewa (1862-1917), l’un des principaux promoteurs du mouvement symboliste en France. De 1885 à 1888, de Wyzewa écrit régulièrement dans la Revue Wagnérienne de Édouard Dujardin plusieurs textes qui donnent à lire un point de vue très voisin de celui de Tolstoï sur les publics guindés des grandes salles européennes d’opéra et de spectacles lyriques. Auteur d’une bibliographie abondante sur les grands peintres et compositeurs, et traducteur réputé de l’allemand, de l’anglais, du russe, et du polonais, Teodor de Wyzewa sera l’un des critiques musicaux et littéraires les plus cités, mais aussi les plus sévères,...
| Erscheint lt. Verlag | 1.10.2021 |
|---|---|
| Sprache | französisch |
| Themenwelt | Kunst / Musik / Theater ► Kunstgeschichte / Kunststile |
| Kunst / Musik / Theater ► Malerei / Plastik | |
| Schlagworte | Art et Société • art pour tous • critique d'art • critique de l'art • Esthétique • Histoire et critique de l'art • Léon Tolstoï art • Philosophie de l'art • Philosophie esthétique • Psychologie de l'art • Réception artistique |
| ISBN-10 | 2-322-38567-0 / 2322385670 |
| ISBN-13 | 978-2-322-38567-6 / 9782322385676 |
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